Interview BIM Managers – Episode #28, Thibault Masson, Ingénieur et BIM Manager chez REC Architecture, « le BIM permet à l’Architecte d’être le véritable Chef d’Orchestre du projet »

Nos interviews BIM Managers reprennent sur ABCD Blog et nous avons cette semaine le plaisir et l’honneur de recevoir une belle Agence et son BIM Manager. Il s’agit de l’Agence REC Architecture et de Thibault Masson, Ingénieur et BIM Manager qui a une vision claire, pragmatique et forte de l’impact du BIM sur le métier d’Architecte. Leur architecture, belle, épurée, majestueuse, est le fruit de la réflexion de femmes et d’hommes architectes et ingénieurs, répartis sur 3 agences entre Blagnac, Albi et Paris.

Site officiel de l’Agence REC Architecture ici.

Thibault Masson, Ingénieur et BIM Manager – REC Architecture

Bonjour Thibault, merci de nous faire le plaisir d’être interviewé sur ABCD Blog. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs et nous dire quel a été votre parcours avant d’intégrer REC ?

Bonjour et merci de me recevoir.

Je suis ingénieur généraliste de formation, diplômé de l’IMT Mines Albi. Je me suis spécialisé dans l’énergie pour le bâtiment, en suivant l’option « Bâtiment à Energie Positive ». Notre école d’ingénieurs nous a avant tout formés à s’adapter à n’importe quel type de métier. C’est pourquoi j’ai souhaité diversifier mes connaissances dans le BIM. J’ai d’abord découvert le BIM à travers l’utilisation d’un premier logiciel BIM connu sur le marché, en stage de fin d’études, dans l’agence Schneider Architectes & Urbanistes, à Caen. Après une expérience en Maîtrise d’ouvrage au Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté, je suis BIM Manager chez REC depuis maintenant 2 ans et demi.

La passion pour l’architecture, puis pour le numérique vous est-elle venue lors de vos études ?

 J’ai toujours été passionné par l’informatique, et mon attrait pour le bâtiment est venu plus tard, durant mes études. Je suis aussi très intéressé par l’environnement et les économies d’énergie. Le BIM a l’avantage de pouvoir combiner tous ces éléments, et c’est ça qui m’intéresse dans ce domaine.

Pourriez-vous nous présenter l’Agence REC et ses spécialités et secteurs de prédilection ? Déjà son nom assez original, puis la philosophie qui se cache derrière ces projets épurés et majestueux ?

Le nom de l’agence REC, vient de son fondateur David RECHATIN. Néanmoins, l’utilisation d’un terme générique, sans personnification du nom de l’agence, marque la volonté d’instaurer un esprit collectif au sein des équipes.

L’identité de REC est marquée par la diversité des projets réalisés : centres commerciaux, logements, bureaux, bâtiments industriels, de santé, et équipements publics. On dit souvent qu’il n’y a pas de « petit » ou de « grand » projet, et c’est clairement le cas ici. Que cela concerne un centre commercial, une station d’épuration ou un projet de logements, chaque mission est considérée de la même façon, avec la même ambition de construire des bâtiments fonctionnels et de qualité. Côté typologie de projets, environ 30% des projets sont pour le public et 70% pour le privé.

De plus, je dirais que l’architecture proposée par REC est de qualité, avec le souci du détail. Je pense notamment à la recherche de matériaux pour les façades et au lien qui existe entre matérialité et fonctionnalité. Enfin, chaque projet est ancré dans son contexte, conçu pour retrouver l’identité du territoire dans lequel il s’inscrit.

Quand y êtes-vous rentré ? Et comment exercez-vous votre rôle de BIM Manager au quotidien ?

Je suis arrivé chez REC en 2018. Au sein de l’agence, mon rôle de BIM Manager s’articule autour de 3 axes :

  • Le premier axe consiste à mettre en place une méthodologie de travail au sein de l’agence, c’est-à-dire le déploiement de gabarits de projet spécifiques, d’une bibliothèque d’objets Revit REC et de modes opératoires internes.
  • Le deuxième axe est le BIM Management sur les projets : la rédaction et la mise en œuvre de conventions BIM, et le suivi du projet (étude de clashs, vérification des modèles, collaboration avec les partenaires, etc.).
  • Enfin, je suis en support Revit et la formation quotidienne des collaborateurs de l’agence. Il faut répondre aux questions techniques et résoudre les problématiques car tout le monde n’a pas le même niveau sur les logiciels. J’organise régulièrement des points BIM avec les architectes pour faire part des évolutions et récupérer les retours utilisateurs.

Quand et pourquoi l’agence a-t-elle franchi le pas du passage au BIM et comment cela s’est-il passé ? La transition a-t-elle été aisée ?

Le passage au BIM s’est fait en 2013, lors d’un projet très complexe avec une géométrie très particulière et pour lequel une liberté d’expression formelle était nécessaire. Il était inconcevable de réaliser ce projet sans l’aide d’un outil puissant de modélisation. Revit a été choisi, et depuis c’est notre outil du quotidien.

Un autre exemple : le projet de construction d’un ensemble commercial à Ajaccio, sur le site de Baléone, sur la commune de Sarrola Carcopino. Le BIM a été nécessaire afin de pouvoir confronter plusieurs maquettes sur un bâtiment de grande ampleur avec une géométrie complexe.

Figure 1: Vue générale
Figure 2: Vue « Structure »
Figure 3 : Coupe – Axonométrie

Quels avantages vous apporte le BIM et notamment Revit que vous utilisez ?

Le premier avantage qu’offre le BIM réside dans le gain de productivité. Je compare souvent avec le processus « traditionnel » d’échanges DWG sous AutoCAD. Dans un tel processus, on est obligé de vérifier chaque présentation pour s’assurer que tout ce qu’on modifie en plan sur un DWG se retrouve dans tous les autres DWG, en coupe, façade, 3D, etc. Dans un processus BIM, ces changements sont automatiques, on évite donc ces vérifications chronophages.

Le BIM permet aussi une liberté d’expression pour l’architecte. On n’est plus contraint, et la possibilité d’effectuer des variantes, des options au projet est décuplée. Il est en effet possible de développer des projets complexes techniquement, tout en gardant une assurance dans la maîtrise de la conception.

Le BIM permet enfin d’être plus efficient et d’éviter les problèmes qu’on retrouve traditionnellement en chantier comme la détection des conflits. Pour cela, l’outil Navisworks est très efficace.

Figure 4 : Navisworks permet la détection de clashs dans la maquette numérique

Diriez-vous que le BIM permet de redonner son rôle central à l’architecte ?

Les architectes doivent s’approprier cette mission de BIM Management, car ils sont généralistes et disposent d’une vision globale sur les projets. Les architectes ont à la fois une connaissance globale d’un projet de construction, et des connaissances dans les procédés de mise en œuvre des matériaux, des contraintes du bâtiment, etc. Pour moi, les architectes doivent s’approprier le BIM pour appuyer leur rôle de véritable « chef d’orchestre » sur les projets.

Tout le monde travaille en BIM chez vous ? Même les chefs de projet ?

A l’agence, tout le monde travaille en BIM, à différents degrés. Les architectes travaillent tous avec Revit, et les chefs de projet supervisent sur Revit : ils ont les connaissances de base (visualiser la maquette, créer des vues, des feuilles, etc.) mais ne modélisent que très rarement. De mon côté, je prévois des « points BIM » avec ces chefs de projet pour qu’ils ne perdent pas la main sur ce sujet et soient au courant des évolutions à venir.

Quel est le quotidien de Thibault en tant que BIM Manager ? Et quelles sont les qualités nécessaires pour ce rôle selon vous ?

Les missions d’un BIM Manager, c’est avant tout du relationnel. Il faut être capable d’expliquer le fonctionnement des processus BIM. Evidemment, cela requiert aussi un côté technique car pour pouvoir expliquer un processus, il faut d’abord le maîtriser !

Au quotidien, ça se traduit par la formation des nouveaux arrivants, le suivi et l’assistance technique auprès des collègues Architectes, et l’initiation Revit auprès des chefs de projet qui ne maîtrisent pas à 100% Revit.

Le relationnel intervient également dans les projets, où il faut être capable de comprendre les besoins de tous les intervenants… et adapter ces besoins en fonction de ce qu’il est possible de faire.

Je dirais que c’est cette combinaison entre technicité et pédagogie que j’aime dans le métier de BIM Manager.

Y-a-t-il une résistance au changement ?

En interne, chez REC je dirais qu’il n’y a aucune résistance au changement ! Au contraire, j’ai la chance d’avoir des collègues plutôt jeunes pour lesquels l’informatique en général ne pose aucun problème. Je dirais que tout le monde est même force de propositions pour faire évoluer les processus internes BIM. Les seules résistances viennent des AutoCADiens souhaitant retrouver exactement les mêmes fonctions AutoCAD avec Revit. Mais en expliquant par a + b que le résultat est au final le même, on arrive à redonner de la confiance aux équipes. Il serait juste impensable de revenir à une conception 2D « traditionnelle » sur nos projets !

De façon générale, je pense que ce qui bloque les architectes, bureaux d’études ou entreprises vient des impacts financiers liés à l’acquisition de postes informatiques assez puissants, de logiciels BIM, de formation, etc. Mais quand on voit les avantages du BIM au quotidien, l’investissement est vite rentabilisé.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de projets développés en BIM et pourquoi ?

En terme de BIM Management, le projet du collège Guilhermy, à l’Ouest de Toulouse, est un beau projet. Nous avons collaboré en BIM tout au long de la conception avec nos partenaires (TPFI pour la structure, Ecovitalis pour le CVC, Alayrac pour l’économie), mais également avec la maîtrise d’Ouvrage, aidée par l’AMO BIM Bernard Ferries.

Figure 6 : Décomposition du projet en différentes maquettes – projet Guilhermy

De façon générale, le plus satisfaisant pour moi, c’est de savoir que les familles Revit ou les processus BIM Revit permettent à mes collègues Architectes de gagner du temps et de l’efficacité.

Des souvenirs un peu plus difficiles ?

Pour moi, les plus grandes difficultés rencontrées restent dans les défauts d’interopérabilité entre les logiciels. Même si le BIM permet une meilleure communication, il reste encore trop d’incompatibilités techniques pour que les processus soient parfaits. Evidemment, on trouve toujours des parades, mais j’aimerais que ces problèmes soient résolus.

Utilisez-vous déjà la conception générative, ainsi que la réalité virtuelle et augmentée ?

J’ai découvert le module de conception générative sur la dernière version de Revit, qui m’a l’air très performant. J’ai conçu un premier module pour les analyses de parking, qui reste à être mis en œuvre pour phase de test. Je vois déjà d’autres utilisations pour nos projets de logements ou de bureaux.

Chez REC, nous avons également une cellule d’infographie dédiée spécifiquement aux rendus, et qui réalise sur demande des visites virtuelles, vidéos immersives, perspectives, etc. en lien direct avec les maquettes Revit des architectes.

Cette image de belle architecture, épurée, quasiment parfaite est-elle selon vous influencée par l’utilisation du numérique ?

Je ne pense pas que l’architecture soit « parfaite », mais qu’elle est renforcée par l’utilisation du numérique. Je dirais que le numérique permet de gagner du temps sur la modélisation et de consacrer ce temps gagné pour améliorer le projet.

Améliorer le projet, c’est avant tout se conformer aux exigences du maître d’ouvrage, et là, Revit permet de valider – ou invalider – automatiquement les partis pris architecturaux. Je pense notamment à la validation des contraintes programmatiques qui se fait au fur-et-à-mesure du projet, en même temps que la conception.

Améliorer le projet, c’est aussi se permettre des modélisations qui sortent de l’ordinaire. A ce titre, Revit permet une réelle souplesse : modèles adaptatifs, murs par face, volumes conceptuels, etc. la conception est quasiment sans limites.

Figure 7 : Construction d’un siège social et data center – Société E-Tera

Quels sont vos prochaines évolutions prévues en termes d’innovation ?

La mise à jour des bibliothèques internes et des gabarits de projet, c’est une innovation au quotidien, qui ne s’arrêtera jamais car on aura toujours besoin de retours utilisateurs.

Les prochaines innovations auront lieu dans le lien qu’il peut y avoir avec notre cellule Chantier qui suit les travaux : l’objectif est de pouvoir monter en compétence sur cette partie pour avoir une continuité du BIM jusqu’au chantier, et qui réponde aux besoins de chacun.

Nous innovons également dans la mise en œuvre d’outils Revit (scripts Dynamo/API) qui permettent d’améliorer la productivité.

Pour finir, je dirais que le sujet qui va nous concerner sur les prochaines années est l’analyse de l’empreinte carbone de nos projets. Dans le contexte de crise environnementale actuelle, nous devons être en capacité de dresser des bilans carbone complets, notamment par rapport aux matériaux de construction. Aujourd’hui, nous prenons déjà en compte ces aspects très tôt dans la conception, et nous souhaitons consolider cet engagement dans les années à venir. Je pense que les outils d’analyse énergétique ou le module « EC3 » d’Autodesk pourront être facilitateurs dans ces études.

Figure 8: Analyse d’empreinte carbone dans le module EC3

Auriez-vous quelque de chose de particulier à dire à nos lecteurs ?

S’ils ne se sont pas encore mis au BIM, je leur dirais de ne pas avoir peur, qu’avec un minimum d’accompagnement, la transition se fera facilement.

S’ils sont déjà passés au BIM, qu’ils n’hésitent pas à partager leur expérience. Surtout s’ils sont à Toulouse ou en région toulousaine !

Connaissiez-vous ABCD Blog ?

Bien sûr ! Ce blog fait partie des sites que j’utilise systématiquement dans ma veille sur le BIM. Je me documente également sur le Blog du BIM de buildingSMART France – Mediaconstruct.

Je suis également actif sur HexaBIM, le forum Revit Français et le groupe LinkedIn « Pratiques du BIM ».

Thibault, un grand merci pour votre temps et cette belle interview. Nous vous souhaitons de continuer avec succès sur les routes de l’architecture et du BIM.

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