Les architectes du Futur – Interview de Méghane Frigelli, jeune diplômée de l’ENSA Paris Val-de-Seine et adepte du BIM

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Méghane Frigelli

Architecte D.E.

meghane.frigelli@gmail.com

LinkedIn Méghane Frigelli

L’avenir sera porté par nos jeunes générations. C’est une réalité enthousiasmante car ils portent en eux le goût de l’innovation, le dynamisme, une nouvelle manière de voir et de réimaginer le monde dans lequel nous vivons… C’est encore plus vrai pour les architectes et c’est dans ce cadre là que nous recevons cette semaine avec grand plaisir une jeune architecte diplômée, Méghane Frigelli qui a découvert le BIM il y a quelques années lors de ses études et qui a décidé d’en faire le sujet de sa thèse. Découvrons le parcours de Méghane et la vision d’une jeune architecte sur ce phénomène de Société qui bouscule toutes les habitudes.

 

Bonjour Méghane, tout d’abord bravo pour votre diplôme. Pourriez-vous nous raconter en quelques mots le chemin qui vous a mené à l’architecture ? Etait-ce une vocation ?

Bonjour Emmanuel ! Merci à vous de me proposer cette interview.

Très jeune déjà, j'ai eu cette volonté de devenir architecte. Pouvoir créer la ville de demain, imaginer des espaces dans lesquels les gens se sentent bien, penser à la partie technique d'une construction… Tous ces exemples m'ont poussée à réaliser mon stage de collège dans une agence d'architecture mosellane d’où je suis originaire. Cette première expérience m'a confortée dans mon parcours scolaire et il n'a jamais été question de faire autre chose. Avec les années d'études, cette vocation est devenue une passion et je réalise à présent mon rêve d'être architecte. 

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Vous avez fait toutes vos études à l’Ecole d’Architecture Paris Val-De-Seine ? Qu’est-ce qui vous a le plus passionné lors de ces 5 années d’études ?

Je suis arrivée à l’école d’Architecture Paris Val-De-Seine tout de suite après l’obtention de mon BAC ES et c’est dans cette école que j’ai réalisé mes 5 années d’études. Durant tout mon cursus, les professeurs et architectes m’ont appris à imaginer et visualiser un bâtiment sous différentes échelles, avec différents outils. Le plus intéressant est d’apprendre à observer la ville, ses constructions et tout le patrimoine déjà présent autour de nous. Se dire que l’on va participer à la création de la ville de demain est vraiment incroyable ! Il ne faut cependant pas perdre de vue que notre travail doit être réalisé de manière réfléchie et dans le but d’être pérenne dans le temps.    

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Et la technologie, la 3D, et le BIM dans votre cursus universitaire ont-ils très vite pris de l’importance ?

La technologie arrive très vite en école d’architecture. Nous avons quelques séances d’informatiques au cours de nos premières années afin de nous apprendre la base des logiciels. Cependant, c’est en pratiquant tous les jours que l’on apprend le plus. La technique de travail ainsi que les logiciels ne sont pas imposés et c’est donc en fonction des préférences de chacun que le choix du logiciel se fait. Pour ma part, j’ai commencé à travailler avec AutoCAD pour les documents techniques, Trimble SketchUp pour la 3D et Adobe Photoshop pour les retouches d’images. La maîtrise des logiciels est indispensable dès la première année. Le BIM est malheureusement arrivé très tard dans ma scolarité.

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Comment avez-vous découvert l’existence du BIM et quels questionnements cela vous a-t-il apporté ?

J’en ai entendu parler pour la première fois lors de mon master 1 en 2015 lors d’un cours optionnel encadré par Nader Boutros. Malgré quelques notions sur Revit lors de mes premières années, il n’avait jamais été question de BIM. Ce logiciel m’avait été présenté comme un moyen simple de pouvoir générer rapidement des coupes, des élévations, des plans … et non comme un outil nécessaire dans un nouveau processus de production.

Devant l’enthousiasme de mes professeurs, je suis allée au BIM World 2016 qui s’est tenu à la Défense. C’est en parlant avec les professionnels du bâtiment, que j’ai compris qu’il fallait absolument que je me tienne informée de ce qui se passait dans la profession par rapport au BIM. En effet, dans les écoles, nous sommes totalement coupés de cette réalité. Le salon BIM World a été un élément déclencheur qui m’a fait me poser de nombreuses questions : Qu’est-ce que le BIM ? Comment mettre en place le BIM au sein d’une agence ? Quelles étapes faut-il suivre afin de mettre en place le BIM ? Quelles sont les erreurs à éviter ? …

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Pourquoi avez-vous décidé de faire un mémoire sur le sujet du BIM ? Et comment avez-vous procédé ?

Le mémoire de master était, à cette époque, le seul moyen de pouvoir trouver le temps de répondre à toutes mes interrogations. De plus, mon objectif était de pouvoir intégrer dans mon cursus scolaire, une première préparation à mon entrée dans le monde du travail. J’ai donc décidé d’intituler mon mémoire : “L’arrivée du BIM dans les agences d’architecture en France : de nouvelles méthodes de production et d’échange au service de la maîtrise d’œuvre.

J’ai commencé par de nombreuses lectures en lien avec le BIM, ce qui m’a permis d’acquérir une base sur le sujet. Cependant, après ces connaissances théoriques, il me manquait l’aspect humain du processus. J’ai donc décidé d’aller rencontrer les professionnels du bâtiment et plus précisément des architectes ayant un avis positif ou non sur le BIM afin de comprendre pourquoi. C’est grâce à eux que j’ai écrit mon mémoire. Ce dernier se compose donc de démarches à suivre et d’expériences professionnelles données directement par des architectes. Il s’organise selon le plan suivant :

Partie 1 : Qu’est-ce que le BIM ?

1.1. Une méthode de travail à apprivoiser

1.1.1. La maquette numérique

1.1.2. Le travail collaboratif au sein d’une agence

1.1.3. L’interopérabilité

1.2. Une organisation à mettre en place par un BIM manager

1.2.1. Les missions et responsabilités du BIM manager

1.2.2. Les compétences du BIM manager

1.2.3. Le BIM manager et l’architecte

1.3. Une méthode de travail qui s’étend bien au-delà de l’agence

1.3.1. Un travail collaboratif avec tous les intervenants du BTP facilité

1.3.2. La question environnementale

1.3.3. Le BIM et le patrimoine

Partie 2 : Le développement du BIM dans les agences d’architecture en France

2.1. Les différentes étapes de mise en place du BIM dans une agence

2.1.1. La volonté de l’architecte

2.1.2. Les logiciels contribuant au processus BIM

2.1.3. La formation

2.2. Les erreurs qu’il faut éviter

2.2.1. L’isolement, l’abandon

2.2.2. La précipitation

2.2.3. Ne pas structurer son travail

2.3. Des agences françaises en retrait

2.3.1. Un manque de connaissance du processus

2.3.2. Un changement qui demande de l’investissement

2.3.3. Une demande de soutien

Partie 3 :  Un processus qui pose encore des questions chez les architectes

3.1. La dynamique du BIM chez les anglo-saxons

3.1.1. Quelques chiffres

3.1.2. Une mise en place du BIM différente de la nôtre

3.1.3. Un tissu différent entre le monde de la construction anglo-saxon et français

3.2. Un processus qui pourrait nuire au métier d’architecte

3.2.1. Ne pas s’emparer du processus

3.2.2. Le risque d’une standardisation

3.2.3. La responsabilité de la maquette numérique

3.3. Une pression importante pour les petites agences (TPE/PME)

3.3.1. Une attention particulière dans le rapport Delcambre

3.3.2. Des petites agences qui se démarquent

3.3.3. Des solutions de replis pour les agences en situation fragile

 

Qu’est-ce que ce mémoire vous a permis de découvrir et comprendre ?

Mon mémoire sur le BIM m'a tout d'abord permis d'en apprendre beaucoup plus sur le sujet et plus particulièrement sur la partie théorique. Il m'a également permis de rencontrer des professionnels du bâtiment, de connaître leur manière de penser et leur manière de voir ce nouveau processus de production. Ce travail m'a ainsi permis d'élargir mon propre point de vue sur le sujet.

J'ai également pu me rendre compte que le processus BIM se développait de manière inégale en France. En effet, j'ai interviewé des professionnels de la région Parisienne, mais également les professionnels de province, plus précisément de Metz, d’où je suis originaire. L'enthousiasme pour le BIM n'est pas le même partout. En effet, les professionnels de province se sentent beaucoup moins concernés par ce processus. Certains n’ont même jamais entendu parler de BIM. J’ai donc pu en déduire que les villes les plus éloignées de la capitale sont pour l'instant en retard sur le développement du processus.

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La France est-elle vraiment déchirée entre les pro BIM et les autres ?

D'après les différentes rencontres que j'ai pu faire, il existe des professionnels qui ne jurent que par le BIM et ces derniers ne reconnaissent que les points positifs du processus. D'autres sont au contraire obnubilés par les points négatifs et rejettent totalement cette nouvelle méthode de travail sans même en savoir plus. Cependant, la plupart des professionnels que j’ai pu interviewer restent neutres au départ et attendent de voir. Ils sont conscients de la marge de progression du processus mais acceptent de jouer le jeu et finissent par être satisfaits. Même pour les professionnels qui ne connaissent pas totalement ce qu’est le BIM, leur réaction reste positive. Ils attendent simplement d’en savoir plus en ayant des exemples concrets de démarche à suivre, ce que j’ai souhaité proposer par mon mémoire.

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Où peut-on se procurer et lire votre mémoire sur le BIM ?

Mon mémoire ainsi que les vidéos de professionnels sont accessibles depuis ma page LinkedIn : Méghane Frigelli et peuvent également se consulter depuis la bibliothèque de l'École Nationale Supérieure d'Architecture Paris Val-de-Seine.

Page LinkedIn Méghane Frigelli

Il est possible également de retrouver mon mémoire en cliquant sur le lien suivant.

Pour ce qui est des vidéos, elles sont en ligne sur ma chaîne YouTube ici.

 

Le BIM est-il suffisamment et surtout, bien enseigné dans les Ecoles d’Architecture en France ?

Comme je l'ai dit précédemment, le BIM est arrivé très tard dans ma scolarité et seulement parce que j’ai décidé de m’y intéresser. Certains étudiants de ma promotion n’en ont jamais entendu parler. Cependant aujourd'hui, un petit groupe de professeurs et de professionnels spécialisés dans le BIM ont pour objectif de développer et de faire connaître le BIM à l’ENSA Val-de-Seine. Je sais que depuis peu, des séances sont proposées aux élèves souhaitant se perfectionner sur des logiciels BIM. La demande est réellement présente mais les emplois du temps chargés des étudiants les empêchent d’y participer.

Un nouveau séminaire encadré par Nader Boutros, Olivier Bouet, Yann Auger et Tayeb Sehad a également vu le jour cette année et permet la mise en place d’une collaboration entre étudiants ingénieurs et architectes autour d’une maquette numérique. De plus, d’après ma participation à EDUBIM 2017, je sais également que de nombreuses écoles se sentent maintenant concernées par l’arrivée du BIM et que des projets allant dans cette direction voient le jour partout en France. D’après moi, ces démarches arrivent un peu tard mais le principal est que la notion de BIM soit maintenant abordée dans les écoles.

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Avez-vous utilisé le BIM pour votre diplôme ?

Ma volonté était de pouvoir utiliser le BIM pour mon diplôme. Cependant, la difficulté d’accès à certains logiciels m’a très rapidement bloquée dans mon travail. Je me suis donc réorientée vers l’utilisation des logiciels que je maîtrisais. C’est devant cette difficulté que je me suis rendue compte que la formation n’est pas accessoire et qu’il faut vraiment y passer et être encadré dans les premières manipulations. C’est pourquoi, je me forme actuellement en ligne afin de maîtriser plus en profondeur le logiciel et ainsi pouvoir ajouter à mes compétences l’utilisation d’un logiciel BIM.

 

Même si le BIM n’est pas un logiciel, quel logiciel représente selon vous le mieux ce processus et pour quelles raisons ?

Je sais qu’actuellement 3 logiciels sont sur le marché. J’entends souvent dire qu’il n’y a pas un logiciel meilleur que l’autre. Ce choix se fait en fonction de l’utilisateur, de ses besoins et de ses préférences.

Personnellement, je travaille avec Revit de chez Autodesk car c'est sur ce logiciel que je me sens le plus à l'aise. Ce logiciel remplit toutes mes attentes, il est intuitif et propose une interface agréable. Au-delà de l’esthétique, la collaboration est très simple avec Revit. En effet, j’ai pu expérimenter pour la première fois le travail à plusieurs sur un même fichier au sein d’une agence d’architecture. Le gain de temps est vraiment très intéressant. 

 

Les architectes ont-ils selon vous compris les enjeux du BIM ?

Selon moi, la profession est encore divisée. De nombreux professionnels savent ce qu'ils disent et connaissent les objectifs du BIM car ils s’y intéressent de très près. Cependant, une bonne partie de ces professionnels pense connaître ce qu’est le BIM et pourtant, de nombreuses confusions sont encore faites. La plus courante est de penser que le BIM se réduit à l'utilisation d'un logiciel. Le processus BIM est bien plus complexe et impose une méthode de travail collaborative bien plus intéressante. Le processus BIM doit être clair pour tous les professionnels sous peine de diffuser de mauvaises informations.  

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Maitriser le BIM et des outils comme Revit est-il devenu incontournable selon vous ?

La maîtrise des logiciels BIM comme Revit est pour moi indispensable. Aujourd'hui, je remarque que de nombreuses agences sont passées au BIM et recherchent des personnes déjà formées afin d'intégrer leur équipe. Ceci est compréhensible puisqu’une personne déjà formée est tout de suite opérationnelle sur ces logiciels et dans le principe collaboratif. Alors qu’une formation nécessite du temps et de l’argent …

Comme je le dis dans mon mémoire, je pense que les étudiants doivent être formés en école d'architecture afin d'être opérationnels lors de leur arrivée dans le monde du travail, ce qui leur permettra de trouver plus facilement du travail.

 

Vous avez fini et réussi votre diplôme. Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

En effet, je suis fraîchement diplômée et mon objectif est de pouvoir à présent obtenir ma HMONP afin de pouvoir exercer le métier d’architecte en mon nom propre. Pour cela, j'ai déjà trouvé une agence dans laquelle je vais pouvoir réaliser ma mise en situation professionnelle. Dans cette dernière, il m’est également demandé de maîtriser la méthode de travail BIM ainsi que les logiciels. Mon mémoire m'aura, comme prévu, permis de préparer mon arrivée dans le monde du travail. Même si je n'ai pas une maîtrise totale du logiciel permettant le processus BIM, je connais la partie théorique du processus ce qui, je pense, va me servir dans les prochains mois.

 

Quel est votre idéal de poste en agence ou ailleurs ?

Mon objectif est de pouvoir devenir totalement autonome et promouvoir le processus BIM dans une agence. Mon objectif à long terme est de devenir BIM manager et pourquoi pas, ouvrir ma propre agence dans laquelle la collaboration serait le noyau d’un processus BIM réfléchi et performant.

 

Pensez-vous que le BIM vous aidera à trouver plus rapidement un poste ?

Le BIM est en train de bouleverser totalement nos méthodes de travail et je pense que ce dernier va être un réel atout à l'embauche comme je l'ai dit précédemment. Les nombreuses offres de travail que j'ai pu voir demandent quasiment systématiquement la maîtrise d’un logiciel favorisant le processus BIM. Pour moi, le BIM va continuer à se développer et sera, dans quelques années, une méthode de travail universelle. Quant aux logiciels CAO/DAO, ils seront obsolètes et relayés au second plan.

 

Quelles sont vos passions en dehors de l’architecture ?

En dehors de l'architecture, je me passionne pour la photographie et les voyages. Toutes mes passions sont très liées en réalité.

Ma famille et mes amis les plus proches sont également très importants pour moi. C’est grâce à leur soutien que j’en suis arrivée là et j’en profite pour les remercier.

Méghane, un grand merci d’avoir répondu à notre interview. Nous vous souhaitons une belle et longue carrière, d’architecte avant tout car c’est le plus important, au-delà des outils et approches…

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