Interview BIM Managers – Episode #11 Didier Hoffman, BIM et CAD Manager chez Assar Architects

Nous sommes heureux en cette rentrée de commencer sur une note positive et européeene avec l’interview de notre Star Belge du BIM, Didier Hoffman, architecte et CAD Manager de l’agence Assar Architects mais aussi très connu pour ses tutoriaux sur Elephorm.

DHO

Didier Hoffman, architecte

BIM et CAD Manager – ASSAR Architects

Auteur de formations Revit chez Elephorm

Certification professionnelle Autodesk Revit

 

Bonjour Didier,

Et bienvenue sur ABCD Blog ! Nous sommes heureux d’avoir ce deuxième témoignage européen, avec certainement le plus connu de nos amis Belges, Didier Hoffman. La Belgique avance elle-aussi avec le BIM, nous l’avons constaté lors du dernier BIM’s Day de Mediaconstruct mais nous allons surtout découvrir ton parcours exemplaire.

Didier, pourrais-tu tout d’abord te présenter et nous raconter ton parcours d’architecte et tes premiers pas dans la technologie 3D qu’on n’appelait pas encore BIM, et notamment tes débuts chez Assar architects ?

Lorsque j’ai dû choisir quelles études entamer, j’ai longuement hésité entre l’informatique et l’architecture. Je me suis finalement lancé dans l’architecture, en me disant qu’il serait probablement plus facile d’ajouter l’informatique au métier d’architecte, plutôt que l’inverse ! Même si ce ne fut pas facile au départ : nous étions la première promotion à avoir la possibilité de prendre une option en informatique, et à l’époque nous étions considérés comme des « suppôts de Satan ». Le discours des professeurs d’atelier était : « Comment pouvez-vous imaginer qu’on dessinera un jour des plans d’architecte à l’ordinateur ! » C’étaient des visionnaires !

Quoi qu’il en soit, j’ai persévéré et obtenu mon diplôme. J’ai eu alors la grande chance de pouvoir immédiatement rentrer au bureau Assar architects. A l’époque (c’était en 1987), le bureau Assar était précurseur en la matière, puisque grâce au logiciel « Star Architecture (logiciel belge, il faut le dire ! ), nous produisions déjà les plans, coupes, élévations et perspectives de manière automatique à partir d’un modèle 3D. On ne parlait pas encore de BIM à l’époque (même s’il était possible de déjà sortir des quantitatifs). Nous étions plus concernés à l’époque par l’intelligence de la démarche 3D et de la cohérence que celle-ci apportait dans les dossiers. Le matériel était très onéreux, les logiciels également, le risque était élevé, et c’est donc réellement grâce à la vision juste et pertinente de Eric Ysebrant de Lendonck, administrateur délégué à l’époque, et des quelques « geeks » en 3D qui l’entouraient que Assar a connu son essor dans la 3D.

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Etais-tu dès le départ en charge des questions relatives aux outils numériques ?

Assar était à l’époque divisé en équipes, réels pôles de compétence. Un projet n’était donc pas géré par une même équipe du début à la fin, mais passait dans les mains de différentes équipes spécialisées dans leur domaine, suivant l’étape du dossier. Il y avait donc une équipe « informatique », chargée de la réalisation des demandes de permis de construire, tous faits en 3D sur Star. A l’époque j’ai donc tout naturellement rejoint cette équipe. J’ai donc commencé par faire mon travail de « stagiaire architecte ». La méthode 3D en Star nécessitait des mises en place de procédures, de bibliothèques 3D, etc… Vu ma passion pour l’informatique, j’ai participé très vite au développement de ces aspects, et c’est réellement là que ma passion pour les développements de ce type est née.

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Quand et comment Assar est passé au BIM et à Revit ? Quelle stratégie as-tu mise en place pour atteindre tes objectifs ?

Il y a une dizaine d’années, nous avons constaté que les développements du module « Archi » de Star ralentissaient de manière inquiétante ! En effet, Star a commencé à développer des outils dans d’autres domaines, probablement plus porteurs pour eux, et le module d’architecture n’était visiblement plus dans leurs priorités.

Au vu de cela, nous avons décidé de prendre les devants, en essayant de trouver un remplaçant à Star. Nous préférions avoir le temps de bien comparer, choisir le bon outil, plutôt que d’y être obligé du fait que la vente de Star s’arrêterait. J’ai donc entamé une « croisade », chez tous les producteurs de logiciels 3D de l’époque (on ne parlait toujours pas de BIM ! ). Je leur demandais des démonstrations personnalisées, afin de m’assurer que le futur outil permettait la même richesse et les mêmes performances en 3D que Star. Il n’était pas question de faire le choix d’un logiciel qui nous aurait bridés au niveau des possibilités de modélisation.

Et malheureusement, je n’en trouvais pas, chaque logiciel testé ayant, à un moment ou à un autre, des limitations dans la modélisation que nous n’avions pas avec Star.

Jusqu’au jour où notre revendeur Autodesk m’a contacté, afin de me présenter un nouvel outil fraîchement acquis par Autodesk, du nom de Revit. J’ai été assister à une démo, et comme il me plaît de le dire, il y a ma vie avant ce jour, et ma vie après !

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Ce fut une véritable révélation ! Non seulement les possibilités 3D étaient au rendez-vous, mais nous y ajoutions (on ne parlait toujours pas de BIM) la cohérence des appellations des vues sur les feuilles, les niveaux automatiques,… bref, une quantité de choses bien connues des utilisateurs Revit, qui franchissaient un nouveau pas dans la production graphique intelligente.

Le choix était fait : ce serait Revit. Encore une fois, notre approche n’était à l’époque pas du tout BIM : nous avons fait le choix de Revit en remplacement de Star, donc en tant que super modeleur 3D. Le BIM et l’aspect base de données n’est venu que plus tard…

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Wolu 34 – 1er projet BIM Assar Architects

Cela a-t-il été facile de convaincre l’agence ? Quels écueils as-tu dû surmonter ?

Le fait de changer de logiciel de production graphique pour un bureau d’architecture est une révolution en soi. A l’époque, nous étions contraints d’effectuer ce changement, mais l’équipe « Star » de l’époque était comme je l’ai dit concentrée dans la phase de production des permis de construire. Cela concernait donc finalement un nombre assez restreint de personnes, toutes par la force des choses passionnées par l’informatique. Les difficultés pour ce premier changement n’ont pas été importantes, même si le travail de transfert des bibliothèques et des méthodologies était conséquent !

Où les choses ont commencé à se compliquer, c’est lorsque l’on a compris qu’il y avait autre chose dans Revit que de la 3D, et que le mot BIM a été prononcé pour la première fois !

Cela révolutionnait encore une fois les méthodes ! En effet, il ne fallait plus se contenter de modéliser, mais il fallait réellement alimenter une base de données intelligente, paramétrique et pluridisciplinaire ! Dès le moment où j’ai compris ce que représentait le BIM et ce qu’il allait apporter dans la procédure de construction des bâtiments, il n’était plus question d’utiliser Revit uniquement dans la phase de permis de construire, mais il devenait assez évident que tous les architectes de l’agence devaient être formés, afin que le modèle puisse évoluer du début à la fin dans le format Revit. C’était pour moi une évidence, même si la première étape indispensable à l’époque ne concernait que du BIM niveau 1, et que l’on ne réalisait pas encore d’échange de modèles entre bureaux d’études (BIM niveau 2). Cela viendrait bien par la suite, mais pour cela la condition indispensable pour que l’on puisse sans problème faire du niveau 2 était que le niveau 1 soit implémenté chez tout le monde à l’agence.

Assar n’est pas une petite agence, ce changement concerne plus ou moins 80 personnes !

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Il a donc d’abord fallu convaincre la direction. J’ai obtenu l’accord de démarrer le projet en réalisant une présentation mettant en évidence la manière dont l’implémentation du BIM se passait autour de nous : en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, dans les pays nordiques, aux Etats-Unis, etc…

Curieusement, même si les recommandations pour passer aux BIM sont européennes, la Belgique semblait ne pas vouloir se réveiller. A l’époque où en France on parlait déjà de l’échéance de 2017 pour les marchés publics de plus de 2.000 m2, en Belgique, c’était toujours le calme plat et le silence…

Je suis malgré tout parvenu à convaincre qu’il fallait se préparer, car forcément la Belgique allait se réveiller. De la même manière que nous avions pris les devants en cherchant à remplacer Star, nous devions prendre les devants afin que le jour où on nous imposerait le BIM pour les marchés publics, Assar serait prêt et rodé depuis longtemps. Je ne voulais pas que nous vivions un vent de panique comme il a existé en France où toutes les agences ont dû se lancer de manière effrénée et obligatoire dans des formations afin de pouvoir respecter cette échéance de 2017.

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Hôpital du Chirec – Projet BIM Assar Architects

Assar a toujours voulu être précurseur dans la 3D, et nous nous devions de garder une longueur d’avance.

C’est dans cette phase que nous nous trouvons actuellement : la formation de tous les collaborateurs à l’utilisation de Revit. La démarche est difficile, car comme je le disais, cela concerne tout le monde, et contrairement à la première vague « facile » qui a vu passer des utilisateurs 3D Star à Revit, je me retrouve ici à former des gens en Revit alors qu’ils ont toujours travaillé en 2D. La révolution est double : la 3D, et l’aspect BIM et base de données ! Même si dans les faits, toutes les personnes de cette catégorie formées actuellement ne veulent plus entendre parler de 2D, le fait d’ajouter de la base de données et leur demander d’alimenter le modèle avec des éléments autres que graphiques est beaucoup plus compliqué. Cela le restera tant que l’intérêt de la chose ne sera pas évident, et ça le deviendra le jour où la collaboration entre bureaux d’études deviendra normale et régulière.

Tu es connu (très) en France pour tes tutoriaux sur Elephorm. Le savais-tu et peux-tu nous expliquer cet amour du partage de tes connaissances ? Comment tout a commencé ?

Tout a commencé comme je l’ai dit par le développement des méthodologies Star, auxquelles j’ai tout de suite pris goût. Une autre étape importante que nous avons vécue chez Assar a été le remplacement des tables à dessin par des ordinateurs. Cela concernait à l’époque toutes les personnes autres que l’équipe Star. Le choix s’est porté assez naturellement sur AutoCAD. C’est là que j’ai réalisé mon premier vrai travail de « formateur » (ou devrais-je dire d’évangéliste), car j’ai pris ce défi en mains, et j’ai formé tous les collaborateurs à AutoCAD. Je pense avoir alors acquis des compétences d’orateur et de « prof »…

C’est devenu alors une vraie passion, et c’est donc tout naturellement que j’ai proposé mes services chez Elephorm, afin de pouvoir diffuser vers un plus grand nombre de personnes ! Cela allait dans le sens du partage et du développement du BIM en général et de Revit en particulier. Plus il y aurait de gens formés au BIM et à Revit, et plus la vulgarisation et la diffusion du logiciel allaient pouvoir s’étendre.

Ce pari s’est d’ailleurs soldé par une réussite totale puisque l’année passée, j’ai été sacré « elephormateur » numéro un : la formation Revit que j’ai réalisée chez eux a été leur meilleure vente !

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Bravo ! Venons-en au nerf de la guerre, le BIM Management. Peux-tu nous expliquer ta journée type et les difficultés auxquelles tu es confronté ?

Comme je l’ai expliqué, nous sommes dans une phase de formation à Revit, qui pour l’instant se veut « graphique » principalement. En effet, les échanges avec les bureaux d’études sont encore très rares chez nous en Belgique, et l’aspect BIM de la base de données ne viendra que lorsque ces échanges deviendront monnaie courante. Ce n’est pas encore le cas et je me concentre donc sur la formation des collaborateurs à Revit, afin que le jour où l’on devra ajouter la couche « BIM » à nos fichiers, les gens seront rôdés en Revit. A chaque étape suffit sa peine. D’abord de bons « modeleurs », et ensuite de bon « BIMeurs » !

Donc par la force des choses je ne me considère pas encore ici en interne comme BIM Manager, mais plutôt comme un « CAD Manager ». Même si, en-dessous de la table, nous mettons au point des méthodes et des bibliothèques qui nous amènent tout naturellement vers du niveau 2, nous n’en sommes pas encore là, à l’exception de quelques dossiers où la collaboration est partiellement effective.

Donc à quoi ressemble une journée type ? Difficile à dire ! Dans la mesure, du possible, je reste encore en production (je suis malgré tout architecte !). Cela me permet de rester dans la mouvance des dossiers actifs, et de développer dès lors des méthodologies qui sont en harmonie avec la manière dont les dossiers sont produits. J’ai vu trop de « professeurs académiques » n’ayant plus pratiqué depuis des années et qui étaient en décalage total par rapport à la réalité du métier.

Donc à côté de la production, je développe des modes d’emploi, des « trucs et astuces », des bibliothèques… Et puis je suis présent pour le « helpdesk » journalier pour tous les utilisateurs, donc c’est 10 000 fois par jour que je réponds aux questions et inquiétudes des collaborateurs. C’est parfois fatiguant, mais ça rentre dans la logique du développement chez Assar, et donc je mets un point d’honneur à répondre à toute demande, le plus rapidement possible, et avec bonne humeur !

Quelles sont selon toi les qualités essentielles pour être un bon BIM Manager ?

Qu’est ce qu’un BIM Manager ? Un architecte ? Un maître d’ouvrage ? Un entrepreneur ? Ou quelqu’un d’autre encore ? Le BIM Manager devra être LA référence sur toute la durée du processus de construction du bâtiment en vue d’assurer la parfaite cohérence entre tous les intervenants, afin d’avoir un flux de transmission des données sans aucune perte, quelle que soit la phase dans laquelle on se trouve, et quel que soit l’intervenant, qui travaille avec son propre logiciel.

Un BIM Manager ne peut donc être un jeune sorti tout juste des écoles : il faut avoir un parcours professionnel déjà bien rôdé, avec beaucoup d’expérience qui permettre d’être parfaitement à l’aise dans l’acte de construire.

Ceci dit, les acteurs de la construction sont forcément par définition au départ parfaitement au point dans LEUR métier. Etre BIM Manager suppose d’être au courant des métiers des autres, ou tout le moins de savoir comment les autres travaillent… C’est pour cela que je pense sincèrement qu’aucun architecte, aucun entrepreneur, aucun maitre d’ouvrage ne peut se prétendre être BIM Manager sans avoir suivi une formation qui lui permette d’approcher de manière pertinente les métiers des autres intervenants, au moins dans leur méthode de production (méthodologie et outils).

Un architecte ne doit pas devenir entrepreneur, mais l’architecte qui voudra se prétendre BIM Manager devra comprendre les outils et la méthode de travail de l’entrepreneur.

Il faudra donc également que le BIM Manager soit un peu « geek », et féru d’informatique, car le flux fluide entre les intervenants, depuis la programmation du projet jusqu’à son exploitation devra supposer une maîtrise de beaucoup de logiciels et de protocoles d’échanges.

Quelles solutions logicielles incontournables pour le BIM utilisez-vous au quotidien ?

Comme je l’ai dit, malheureusement, en Belgique nous n’avons que trop peu l’occasion de travailler en réelle collaboration avec les bureaux d’études. Nous en sommes donc dans une phase très « Revit », en vue de préparer cette collaboration.

Toutefois, le premier logiciel à avoir été utilisé dans le cadre du projet de l’hôpital du Chirec est Autodesk Navisworks, car le bureau d’études en techniques spéciales, Ingenium, a travaillé en Revit sur base de notre modèle et les Clash Detections ou détections de collisions ont été réalisés avec Navisworks.

Nous sommes également rentrés dans une première phase de tests d’export de nos modèles en IFC, afin de comprendre ce que nous devons éventuellement modifier dans notre manière de modéliser en Revit pour que les futurs échanges soient les plus performants possibles.

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Peux-tu stp nous raconter tes 2 plus belles expériences en BIM et un échec et pourquoi ?

Les deux plus belles expériences en BIM sont forcément celles pour lesquelles nous avons pu aller plus loin que la simple CAO, et entamer réellement une « aventure BIM ».

Le premier dossier auquel je pense est ancien : il s’agit du projet « Wolu 34 », qui consistait en la réhabilitation d’un immeuble de bureaux en logements. Nous avons pu là pour la première fois exploiter à fond les phasages dans Revit.

Wolu 34 – 1er projet BIM Assar Architects – Etat existant

Le bâtiment a été entièrement désossé (on est revenu à l’ossature béton). Toutes les phases de démolition, de reconstruction ont été gérées de manière automatique en Revit. Cela fut une très belle expérience et une très belle démonstration de ce que le BIM promettait ! Ce fut la première réelle opportunité pour montrer à tout le monde chez Assar que Revit était « plus » que de la simple modélisation.

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Wolu 34 – 1er projet BIM Assar Architects – Etat rénové

La deuxième expérience à laquelle je pense est tout naturellement l’hôpital du Chirec, pour lequel la collaboration avec le bureau d’études en techniques spéciales (Ingenium) a été exploitée totalement…

Un échec ? Pas vraiment d’échec dans le sens propre du terme où l’on pourrait dire que l’on regrette l’utilisation de Revit et / ou du BIM. Disons que d’une manière générale, lorsque l’on travaille un dossier en Revit, tout au long de la phase chantier, et que le maître de l’ouvrage nous réclame un dossier TQC en fichiers DWG… ça, c’est un échec !

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Hôpital du Chirec – Projet BIM Assar Architects

Considères-tu que les architectes soient en retard par rapport aux entreprises de construction et ingénierie sur la maitrise du BIM ?

On ne peut pas vraiment parler de retard, mais disons qu’il est clair que les entreprises ont perçu plus rapidement le potentiel énorme qu’apportait le BIM pour leur travail. Mais de nouveau, pouvons-nous réellement parler de BIM, et donc de collaboration ? Dans l’état actuel des choses, nous sommes parfois confrontés à des entreprises qui vont prendre la responsabilité de refaire un modèle BIM complet sur base des dossiers d’appel d’offres, afin de s’assurer de la parfaite cohérence des études. Cette initiative vient trop souvent du fait que le BIM collaboratif n’a pas été utilisé en amont entre les bureaux d’études. Ils y voient un intérêt évident dans la gestion du chantier, et ils proposent d’ailleurs très souvent au maître de l’ouvrage d’acquérir ce modèle en tant que modèle TQC.

Qu’en est-il du BIM en Belgique ? Cela avance-t-il selon toi ? Nous sentons qu’il se passe des choses intéressantes. Est-ce vrai ?

Effectivement… Beaucoup d’associations professionnelles lancent des initiatives pour présenter le BIM et ses avantages. Des groupes de travail se mettent en place à tous les niveaux. Une des initiatives les plus importantes est celle lancée par le CSTC, sous la présidence de Thomas Vandenbergh (BIM Manager chez Besix), qui a créé plusieurs groupes de travail reprenant en leur sein de nombreux professionnels de tous les niveaux (architectes, entrepreneurs, bureaux d’études, fabricants, etc…).

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Il y a 5 groupes de travail mettant à l’étude les thèmes suivants : les classifications et nomenclatures, les protocoles d’échange, les e-catalogues BIM, les aspects juridiques du BIM, les formations et les profils de compétence.

Les choses commencent enfin à se développer !

Et je pense qu’elles vont dans le bon sens : en effet, ce sont des associations professionnelles qui prennent les choses en main. Toutes les personnes participant à ces développements sont donc des gens qui sont dans le métier, qui réalisent des bâtiments, chacun dans leurs domaines. Cela ne peut donc qu’aboutir à des procédures et méthodologies en parfaite cohésion avec la manière dont les bâtiments sont réalisés. Ce ne sont pas des développements « intellectuels » réalisés en vase clos, mais bien des développements pratiques et concrets réalisés par des acteurs dans l’acte de construire.

Le BIM et les outils du BIM sont-ils enseignés en Belgique ?

Dans une certaine mesure. J’ai enseigné deux années à l’Ecole Supérieure des Arts de Bruxelles. J’y ai donné des cours de Revit dans la dernière année (la 3ème) en option « Dessin et Technique en Architecture ». Il est très difficile de faire bouger les choses dans l’enseignement, et mon cours de Revit n’était finalement qu’une « information » sur ce que le logiciel permettait de faire.

En effet, les étudiants reçoivent dès la première année un cours sur AutoCAD 2D, qu’ils maîtrisent donc très bien en arrivant en troisième année. Mon cours se concentrait sur deux heures par semaine, durant cette dernière année. Il est évident que pas un seul étudiant n’osait prendre le risque de présenter son projet en Revit, car l’outil n’était pas maîtrisé et le risque était donc trop grand !

Les choses évolueront réellement lorsque les logiciels BIM seront enseignés dès la première année. Mais c’est très compliqué au niveau des heures et des crédits : les horaires sont pleins, et on ne peut imaginer ajouter un cours qu’en en supprimant un autre…

Je pense qu’en faculté d’architecture, les problèmes doivent être similaires, même si là, je n’ai pas d’expérience à fournir.

On te voit aussi beaucoup en France dans des actions de formation avec d’autres professionnels. Est-ce l’amour de notre pays ou autre chose ?

Cette collaboration avec la France a démarré lorsque j’ai rencontré Jacques Lévy-Bencheton (CAD et BIM Manager à l’agence Brunet Saunier Architecture), il y a maintenant de nombreuses années. C’était à l’occasion de travail sur un forum AUGI d’utilisateurs Revit.

Nous avons sympathisé, et comme nos deux agences se développaient dans le BIM de manière plus ou moins parallèle et identique, nous avons décidé de travailler ensemble au développement de méthodes de travail : mettre en commun nos connaissances spécifiques pour faire progresser les deux agences.

De fil en aiguille, de nombreux contacts se sont réalisés en France, et effectivement, la prochaine étape est le fait que je vais participer, toujours avec Jacques, à une formation de BIM Management réalisée par la société « Sightline », dont Jacques est membre fondateur, et qui sera donnée à l’ESTP à Paris.

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Ceci dit, tu me parles de l’amour de la France : il est présent aussi ! A titre personnel, j’ai une maison dans le Sud de la France où je passe la plupart de mes vacances, et me retrouver là me ressource énormément…

Malgré ton excellente maitrise du BIM, tu sembles remettre souvent les choses établies en question. Pourquoi ?

Ce n’est pas les choses établies que je remets en question, au contraire ! Ce qui est établi et acquis est tout bénéfice.

Où je relativise souvent mon discours, c’est dans cette telle différence que l’on constate dans le développement du BIM en Belgique et dans les autres pays.

Comme je le disais, nous n’avons que trop rarement l’occasion de travailler en collaboratif avec les bureaux d’études. On parle beaucoup du BIM, on développe des méthodologies et des procédures dans des groupes de travail, mais sur le terrain, les choses ne vont pas aussi vite que je le souhaiterais.

C’est un constat que je fais lorsque je vois la manière collaborative et efficace qui existe déjà ailleurs, et notamment en France.

Ceci dit, comme je l’ai dit plus haut, les nombreux groupes de travail qui voient le jour en Belgique et la pertinence de leur approche fait que la Belgique va rattraper tout le monde, j’en suis sûr !

Quelles sont tes prochains défis pour l’agence Assar d’une part et pour toi ensuite ?

Pour ce qui concerne Assar, mon premier grand défi est évidemment le fait de terminer la formation de tous les collaborateurs à l’utilisation de Revit. C’est la première étape.

Pour donner une idée, nous en sommes aujourd’hui à plus ou moins la moitié de gens formés, soit plus ou moins 40 personnes. Lorsque cette étape sera terminée, nous aurons une « force de frappe » inégalée en Belgique.

Le défi suivant sera alors de faire émerger de Assar le BIM niveau 2, qui nous permettra de réaliser enfin un travail collaboratif, dans un premier temps dans les phases de construction, puis je l’espère très vite dans un processus BIM complet. Cela dit, Assar est d’ores et déjà prêt pour ce passage au niveau 2 ; nous sommes simplement en attente et « avides » de voir le nombre de bureaux d’études qui gravitent autour de nous passer au BIM.

J’ai encore besoin de quelques mois pour terminer la formation de tout le monde. J’espère que l’aboutissement de cette étape coïncidera avec le « réveil » de la Belgique, et que les bureaux d’études et autres intervenants seront alors prêts pour se lancer dans l’aventure avec nous.

Enfin, pour moi, je souhaite passer très vite d’une compétence de CAD Manger aboutie et de BIM Manager en devenir, à une compétence de BIM Manager complet. En cela, la formation à laquelle je vais participer à l’ESTP va grandement m’aider. En effet, si j’y donnerai personnellement les cours de modélisation en Revit, l’équipe de professeurs est nombreuse et tous les profils sont ultra compétents dans leurs domaines respectifs. Suivre en parallèle aux cours que je donne, les cours des autres professeurs me donnera un atout énorme et des compétences nouvelles que je suis impatient de pouvoir apporter à Assar.

Merci encore pour cette belle interview Didier. Nous te souhaitons une bonne continuation et encore de nombreux succès en BIM, en Belgique, en France, et ailleurs.

Bien à toi.

Emmanuel

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