Interview BIM Managers – Episode #9 Gonçalo Ducla Soares, Architecte – BIM Manager chez Arte-Charpentier

En cette journée du BIM, encore une belle découverte de BIM Manager talentueux avec cette semaine Gonçalo Ducla Soares, Architecte m. sc. arch du MIT, de la belle agence parisienne Arte-Charpentier qui a effectué sa transition BIM en douceur depuis quelques années. Nous vous convions à ce beau voyage dans le BIM avec Gonçalo… 

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Gonçalo Ducla Soares

Architecte m. sc. arch (massachusetts institute of technology)

Paris – Lyon – Shanghaï

www.arte-charpentier.com

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Bonjour Gonçalo,

 

Nous te souhaitons la bienvenue sur ABCD Blog, nos lecteurs vont être ravis de découvrir comment Arte-Charpentier a adopté la révolution BIM et seront ravis de découvrir la richesse de ton parcours international.

Tout d’abord, peux-tu stp nous parler en quelques mots de ton parcours personnel Gonçalo depuis l’Ecole ?

Bonjour Emmanuel ! Tout d’abord merci de m’avoir invité pour cette interview. Voici rapidement mon parcours :

J’ai fini mes études en architecture en 2001 à la Faculté d’Architecture de l’Université de Lisbonne. Ensuite, en 2002, j’ai travaillé à l’agence Renzo Piano Building Workshop à Gênes. Comme j’ai toujours été intéressé par la technologie, en 2002, je suis parti aux Etats-Unis, pour étudier Design and Computation au Massachusetts Institute of Technology (MIT) pendant deux ans. A cette occasion, j’ai utilisé des outils de Parametric Design, Computational Design, Generative Design et Genetic Algorithms appliqués à la conception en architecture. Je suis retourné alors au Portugal, où j’ai enseigné et fait de la recherche dans le domaine de l’informatique et de l’architecture. En 2006, j’ai déménagé à Paris où j’ai travaillé d’abord chez Architecture-Studio et après chez Arte-Charpentier.

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Tu as eu un parcours international assez passionnant. Peux-tu nous dire quels continents tu as parcourus et les différences que tu as constaté dans la pratique et la réflexion autour de l’architecture ?

Je suis passé par l’Amérique et par l’Europe. Je pense qu’aux Etats-Unis, la mise en cause régulière des méthodologies de travail est bien plus naturelle qu’en Europe. De ce que j’ai vu, l’efficacité, qui peut se traduire en profitabilité, est un facteur qui détermine, plus qu’en Europe, l’organisation des cabinets, agences, entreprises. Comme le monde change rapidement, et aux Etats-Unis plus qu’en Europe, les méthodologies de travail, qui engendrent l’efficacité, doivent évoluer également. Cela étant, je ne pense pas que l’Architecture en soi soit meilleure là-bas qu’ailleurs (… déjà que signifie « meilleure » architecture ?).

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Le BIM. Quand en as-tu entendu parer pour la première fois ? Et quand t’y es-tu essayé pour la première fois ?

J’ai entendu parler du BIM pour la première fois vers 2003 lorsque je faisais mes études de Master aux Etats-Unis. Après, en France, chez Arte Charpentier, on a commencé à en parler en 2006-2007. Moi-même, j’ai commencé à travailler en BIM, notamment avec Revit, début 2013.

 

Quand es-tu arrivé chez Arte Charpentier ? Et peux-tu nous dire quelques mots sur l’agence ?

Je suis arrivé à l’agence en 2007.

C’est l’une des grandes agences parisiennes (et françaises). Pendant longtemps, le nom Arte Charpentier était associé à des projets dans le tertiaire. Aujourd’hui, les programmes sont plus diversifiés et nous travaillons aussi bien sur des bureaux que sur des équipements, des centres commerciaux, des hôtels, des logements, etc. De plus, quatre métiers composent l’agence : architecture, architecture intérieure, paysage et urbanisme.

C’est aussi une agence qui a une échelle internationale. Nous avons des projets dans plusieurs pays, nous avons une agence à Shanghai et à peu près quinze nationalités se côtoient dans nos bureaux.

 

As-tu intégré l’agence pour y déployer le BIM ? Et quelle stratégie as-tu adopté pour y arriver ?

Non. En fait, j’ai intégré l’agence en tant qu’architecte ayant un profil dirigé vers l’application de l’informatique à la conception. Lorsque la direction d’Arte a décidé d’investir dans le BIM, on m’a donné la responsabilité de déployer le BIM dans l’agence. Au début, on était 7 à être formés en Revit. Dans la pratique, j’ai été le premier à explorer la démarche BIM, pendant l’année 2013. Pendant les premiers mois, j’étais également le seul.

La stratégie a été d’apprendre moi-même la démarche le mieux possible. Après, informellement, j’ai commencé à montrer les potentiels bénéfices et avantages à des collègues « stratégiquement » choisis. Ceux-ci, non seulement s’intéressaient au BIM, mais quelque part sont devenus des « diffuseurs » officieux du message BIM dans l’agence. Ensuite, des présentations formelles et interviews se sont suivies, déclenchant la conscience à l’intérieur de l’agence que des gens à l’extérieur étaient en fait concernés par une vague BIM grandissante. Un effet boule de neige a été déclenché et maintenant la plupart des collaborateurs souhaite s’y mettre.

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A quelles difficultés as-tu été confronté ? Y-a-t-il beaucoup de résistance au changement dans une agence ?

Les premières difficultés auxquelles j’ai été confronté étaient surtout liées à des questions techniques et informatiques. Comme j’ai mentionné, pendant les premiers temps, j’étais le seul architecte à l’agence à travailler en BIM et en Revit. A chaque obstacle, j’ai dû me débrouiller tout seul (en cherchant sur internet, en demandant à des collègues en dehors de l’agence, en regardant sur le site du MIT, etc) pour trouver des solutions. Finalement, ça n’a pas été si mal, parce que « la souffrance » m’a permis de bien ancrer dans ma tête la façon de penser BIM.

Au début, il y a eu pas mal de résistance : « c’était mieux en AutoCAD », « on est en train de faire une usine à gaz pour dessiner un trait », etc. Ce que je vois depuis un an, c’est que beaucoup parmi d’anciens résistants sont demandeurs de formations et s’intéressent aux potentialités du BIM. Le changement dans une entreprise ne se déclenche vraiment pas tout seul, d’où la stratégie mentionnée dans la réponse à la question précédente.

 

Sur combien de projets avez-vous déjà travaillé en BIM et quel est ton meilleur souvenir ou en tous cas le préféré ?

De mémoire, entre 15 et 20 sont en BIM chez Arte.

Je ne sais pas si c’est le meilleur, mais le souvenir qui m’a peut-être le plus marqué concerne la modélisation d’un mur très particulier pour un projet de logements que nous avons fait à Issy-les-Moulineaux. Il s’agissait d’un double mur incliné sur une double hauteur avec des ouvrants type meurtrière toute hauteur inclinés eux aussi et avec les tableaux inclinés également… voilà tout ce qu’on savait. On ne savait pas la valeur des angles en question parce que tout était en étude encore. Mais comme il fallait avancer, on a décidé de modéliser des modules de mur en famille utilisant des paramètres pour saisir les angles. On n’a pas généré une géométrie mais une topologie qui nous permettait de générer des différentes occurrences géométriques (en variant les valeurs des angles – voir ci-après). C’était en fait un terrain d’exploration qui nous permettait d’arriver à des géométries concrètes… Voilà un cas concret où nous avons intégré le Parametric Design dans le BIM. Malheureusement, pour des questions économiques, l’idée du double mur fut par la suite abandonnée…

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Logements à Issy-les-Moulineaux (avec Loci Anima ; MO : Sefricime)

 

Le BIM vous-a-t-il été imposé ou le BIM s’est-il imposé à vous ?

Hmm, bonne question… Je pense que ce sont les demandes directes de la part des maîtres d’ouvrage qui ont vraiment déclenché la volonté de migrer vers le BIM.

 

Quelles sont les qualités indispensables pour réussir dans ton rôle de leader du BIM ?

Persévérance liée au goût de l’architecture et l’informatique. Ne pas vouloir faire les choses comme elles ont toujours été faites… et surtout ne pas penser constamment que c’était mieux avec AutoCAD !

 

Quel logiciel a selon toi apporté cette révolution BIM ?

Pour moi, c’est clair que c’est Revit,… et je ne le dis pas uniquement parce que tu travailles chez Autodesk… Je pense que c’est dû à deux facteurs : d’un côté la puissance du logiciel et de l’autre l’économie d’échelle : je souhaite travailler en BIM, et comme « tout le monde est sur Revit», la meilleure façon c’est de passer directement sur Revit. Donc : super développeurs et super marketers chez Autodesk !

On parle d’ArchiCAD en tant que logiciel BIM. Or, ArchiCAD existe depuis des décennies, mais on ne parle pas de révolution BIM depuis des décennies. On parle de révolution BIM depuis que Revit est là.

 

Collaborez-vous en BIM niveau 2 ou 3 ?

On a travaillé beaucoup en BIM niveau 1 mais nous avons également plusieurs projets en BIM niveau 2. Malheureusement, nous n’avons pas encore réussi à collaborer en BIM niveau 3.

Le défi c’est de collaborer avec des partenaires qui veulent travailler sur le même niveau de BIM. On a beau vouloir travailler à un niveau BIM élevé, si nos partenaires ne sont pas sur la même longueur d’onde, on ne peut tout simplement pas. Le problème c’est qu’on ne peut pas imposer le BIM (ou un certain niveau BIM) à des partenaires qui n’ont pas de contrat avec nous, mais plutôt avec un Maître d’Ouvrage (MO). C’est là où je pense que le rôle des MO est crucial dans le développement du BIM en France.

 

As-tu rédigé un plan d’exécution BIM Pour l’agence ?

Je viens de commencer mon premier !

 

Penses-tu comme le disent certains que le BIM restreint la créativité des architectes ?

Non, pas du tout ! Le BIM est une démarche au cours de laquelle on peut utiliser plusieurs logiciels. Ce qui est important c’est d’être conscient que le BIM implique l’utilisation intelligente de l’information (notamment en ce qui concerne la réduction de la redondance). Dans les phases de conception et de recherche, on peut continuer à utiliser Rhinoceros , SketchUp et AutoCAD. Pour les phases de rendu, on peut continuer à utiliser 3ds Max et Photoshop. Autrement dit, le BIM doit définir 1. les méthodologies par lesquelles la communication de l’information est optimisée et 2. l’implantation de celles-ci. A la limite, le BIM n’est pas concerné tant par tel ou tel moyen d’expression, mais plutôt par la définition du lien et du workflow entre les différents moyens d’expression.

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Continuez-vous à avoir un double processus en parallèle ? Conception traditionnelle papier et process digital dans la foulée ?

Oui. Dans les premières phases, esquisse et faisabilité par exemple, le papier reste le moyen d’expression le plus efficace à mon avis. Même dans les autres phases, notamment en PRO-DCE, je ne pense pas que le papier disparaîtra.

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Dans mon cas spécifique, même en chantier, je fais beaucoup de croquis et de détails à la main. Ce sont deux processus complémentaires.

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Combien de personnes travaillent chez vous en BIM et quel est votre outil central de création ?

Nous avons 30 personnes formées. Parmi ces-dernières, toutes ne travaillent pas sur BIM pour une simple raison : il faut pratiquer pour être à l’aise. Or, c’est très difficile (du point du vue logistique et de plan de charge) de passer tous les projets en BIM, donc, dans la pratique, on a plusieurs cas de gens formés qui finissent par ne pas avoir l’occasion de travailler en BIM. Il s’agit d’un vrai problème qui concerne la gestion du plan de charge et qui est loin d’être facile à régler.

Revit est l’outil central du BIM (mais pas forcément de création) chez Arte.

 

Dans le cadre de la collaboration avec vos partenaires et sous-traitants, utilisez-vous le standard IFC et quels en sont les avantages ?

Pas vraiment. Jusqu’à présent, nos partenaires étaient également sur Revit. Les échanges sont faits directement en format RVT.

 

Quels sont les avantages que vous tirez de l’utilisation du BIM sur vos projets et qui vous permettent de vous distinguer ?

En interne, le BIM nous permet d’optimiser nos efforts et de réduire le nombre d’incohérences entre documents, ce qui nous permet par la suite de maîtriser plus rigoureusement les futurs coûts de construction. Il nous permet également de communiquer plus facilement aussi bien lors des réunions de travail de maîtrise d’œuvre que des présentations aux clients et futurs acheteurs.

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Réhabilitation du siège du Crédit Agricole à Châteauroux (MO : CAIE, CRCO ; BET structure/fluides sur Revit: Terrell ; BET cuisine sur Revit: Restauration & Conseil)

 

Suis-tu les travaux du PTNB et des groupes de travail ? Que penses-tu de leur action pour digitaliser le BTP ? Est-ce suffisant selon toi ?

Je suis de loin et par conséquent je ne suis pas au courant des détails. Quoiqu’il en soit, à mon avis, plus que des questions techniques, le vrai enjeu c’est le changement des mentalités et la remise en cause des habitudes.

Pour que le BIM puisse être vraiment efficace, notamment en phase 3, il faut impérativement que l’on remette en cause notre modèle actuel de maîtrise d’œuvre, aussi bien au niveau des limites de responsabilités de chacun des acteurs que de l’organisation des différentes phases et de leur contenu dans le temps.

 

Réfléchis-tu au thème de la gestion de patrimoine, à la GMAO et à la GTB ?

Oui, d’ailleurs je pense qu’il y a encore un grand terrain à explorer au niveau du rapport entre les DOE et la gestion du bâtiment. Aujourd’hui, en France, la signification de ce qu’est un DOE BIM n’est pas très claire. Or, au bout du compte, pour un MO, une grande partie de la valeur d’une maquette numérique, vient de ce qu’elle peut apporter au modèle base utilisé pour la gestion du bâtiment. Ceci suppose l’existence de maquettes DOE BIM fiables. Donc, à mon avis, pour optimiser l’intégration du BIM dans une phase de gestion de patrimoine, le premier pas est de définir les responsabilités des différents acteurs dans le cadre d’un DOE BIM.

 

Quels sont vos projets à court et moyen terme de développement du BIM ?

Arte-Charpentier est une agence qui se différencie de la plupart des autres par les quatre métiers qui la composent : architecture, architecture intérieure, paysage et urbanisme. Aujourd’hui, chez nous, le BIM est uniquement utilisé dans le cadre des projets d’architecture et encore très partiellement au niveau de l’architecture intérieure. Notre premier objectif, à moyen terme, c’est que la démarche BIM soit transversale à toute l’agence. Par ailleurs, on a également pour objectif de travailler de façon courante en BIM 2, mais cela, comme indiqué précédemment, ne dépend pas uniquement de nous.

Notre volonté est de devenir un acteur référent en France dans l’utilisation du BIM, notamment du BIM 3 quand ce sera le moment.

Gonçalo, encore merci pour cette interview passionnante. Nous vous souhaitons de continuer avec succès votre épopée du BIM.

 

Bien à toi.

 

-emmanuel

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