Interview BIM Managers – Episode #8 Rafik Remal, Architecte – BIM Manager

A la veille de ce 3ème PRUG annuel, nous avons la chance d’accueillir l’une des figures du BIM en France, Rafik Remal, un architecte qui a fait ses premières armes chez les partenaires agréés Autodesk et qui poursuit une route du BIM brillante…

Rafik Remal

Rafik Remal, architecte et BIM Manager indépendant

 

Bonjour Rafik,

C’est un grand plaisir pour nous de te recevoir sur ABCD Blog et de t’interviewer car tu fais partie des pionniers du BIM Management en France et tu as un beau parcours.

Bonjour Emmanuel, merci de me recevoir sur ABCD Blog et de me donner l’occasion de m’exprimer sur le BIM, à travers cette interview. C'est un honneur pour moi et c’est avec un réel plaisir que j'y réponds.

 

Nous t’avons connu alors que tu étais Ingénieur d’application chez l’un des Partenaires AEC d’Autodesk (CADUC ndlr), peux-tu nous expliquer ce qui t’a amené à devenir BIM Manager ?

En effet, j’ai collaboré pendant presque deux ans avec CADUC, l’un des plus anciens partenaires Autodesk en France, et cela constitue un passage important dans mon parcours professionnel. Maintenant, ce qui m’a amené à devenir BIM Manager, je dirais que c’est l’aboutissement d’un long processus de maturation qui a commencé, il y a plus de quinze ans. Déjà en Ecole d’Architecture, j’avais montré une curiosité insatiable pour l’outil informatique et un intérêt intellectuel soutenu pour l’approche systémique. En fait, c’est la lecture d’un livre culte de Joël de Rosnay, au titre, déjà évocateur « Le macroscope : vers une vision globale » qui allait me propulser dans l’univers de « l’infiniment complexe » et donner à ma carrière un sens et une orientation. Il me donne les clés de la compréhension des systèmes complexes – la construction y compris – mais pas que. Dès lors, ma perception et ma démarche pour appréhender de tels systèmes s’en trouvent fortement influencées par cette nouvelle approche appelée « la systémique » qui complète l’approche cartésienne traditionnelle. Je crois que c’est de la rencontre de ces deux univers, celui des idées (l’approche systémique) avec celui des nouvelles technologies (le numérique, dont les logiciels de modélisation et de simulation) que va éclore mon intérêt pour le Management moderne au sens large du mot puis plus spécifiquement pour le BIM Management.

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Avant d’exercer dans le domaine de l’Edition logicielle, tu étais Architecte. Peux-tu stp nous raconter ton parcours et tes études ?

Après des études d’architecture et le Diplôme d’Architecte d’Etat en poche (Université de Blida, Algérie), je pressentis déjà le besoin indicible de me doter des outils qui me permettront d’affiner « ma vision globale ». Ma quête de la compréhension par la globalité, devient, dès lors, ma principale préoccupation. C’est ainsi que je fis la découverte du Master professionnel « Maîtrise d’Ouvrage et Management du patrimoine Bâti » (ENSA de Grenoble/ Université Joseph Fourier/Université Pierre Mendès France), où j’étais introduit et sensibilisé à la pensée stratégique, la gestion de la qualité (produits et services), la standardisation (ISO et autre), au droit des acteurs de la construction et à la loi MOP ; j’y ai découvert aussi les subtilités de certains métiers connexes à la Maitrise d’Ouvrage comme l’Asset-Management, le Facility Management, l’Assistance à la Maitrise d’Ouvrage et pas mal d’autres concepts qui me servent énormément aujourd’hui encore dans ce que je fais au quotidien.

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Je collabore, ensuite avec des agences d’architecture telles que Groupe 6 Architectes (Grenoble), et des agences d’infographie et de Design comme Epicure Studio. Je travaille, comme Architecte Assistant avec Revit architecture, AutoCAD et 3ds max, puis en tant qu’Ingénieur d’Application en collaboration avec CADUC où il était essentiellement question de missions de formation à Revit Architecture pour le compte d’agences d’Architecture comme RPBW, Architecture Studio, et d’autres ; de modélisation de l’existant comme le Centre Pompidou, et de support aux clients institutionnels (universités, Aéroports de Paris, le Centre National d’Art et de Culture…). Ce qui m’a permis de cerner les suites métiers et solutions logicielles "Autodesk", et développer notamment mon sens de la pédagogie, ce qui est un atout des plus importants chez le BIM Manager.

Depuis 2013, j’ai élargi mon champ d’intervention au monde de l’Ingénierie et des corps d’état techniques, en intervenant en tant que consultant BIM Manager auprès de sociétés, telles qu’INGEROP Ingénierie, ALTO Ingénierie et IGREC Ingénierie sur de grands projets de construction, réalisés en maquette numérique, en France et à l’international. J’ajoute que c’est la collaboration avec Luca Dal Cerro, le président de « Décode BIM » et son équipe d’ingénieurs – pour le compte d’INGEROP – qui m’a permis de faire, pour la première fois, une incursion dans le monde de l’Ingénierie.

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Etais-tu déjà passionné par l’informatique et les logiciels AEC à l’époque ?

Absolument ! Mon initiation a commencé très tôt, à la fin des années 90. En Ecole d’Architecture, je me passionne pour le hardware ainsi que pour les logiciels DAO/CAO et de simulation 3D. Je débute avec AutoCAD 12 sous DOS et 3Ds Max 2. Avec un groupe d’amis électroniciens, je m’amuse à installer/désinstaller des composants de PC, à tester des montages personnalisés. C’est à cette période que j’avais acquis les fondamentaux de l’informatique et que c’était devenu une vraie passion chez moi.

 

As-tu exercé le métier d’Architecte et as-tu fait du projet ?

J’ai eu l’occasion, à ma sortie de l’Ecole d’Architecture, de travailler dans quelques agences d’Architecture, où j’ai participé principalement à la conception de projets de logements collectifs et quelques maisons individuelles où je participais parfois dans le suivi de chantier. J’ai également fait un passage, en 2006-2008, en tant qu’Architecte-Assistant chez Groupe 6 architectes, Agence de Grenoble, où je découvre l’organisation interne d’une grande agence d’architecture (plus de 150 salariés) et le travail d’équipe sous AutoCAD Architecture (anciennement Architectural Desktop ou ADT). Je participe à quelques grands projets parmi lesquels le Centre Hospitalier Régional d’Orléans (1500 lits), la Caserne de Bonne de Grenoble (Centre commercial HQE), et à deux projets Ikea (des villes de Tours et de Thiais). En 2009, je crée mon entreprise individuelle de prestation de services architecturaux pour proposer mon savoir-faire aux agences d’Architecture, aménageurs d’espaces de travail, et agences de Design avant de faire le choix, en 2010, de me consacrer entièrement au BIM.

 

Tu as un profil atypique car bien qu’Architecte, tu sembles intervenir aussi sur les corps d’état techniques tels que le MEP et la Structure ?

C’est sans doute, à cause de mon intérêt pour la complexité, mon besoin permanent de vision globale, et mon attirance pour les défis que je me lance à chaque nouvelle opportunité. Ceci m’a permis de me forger une attitude consistant à rester en veille permanente par rapport à ce qui se fait de mieux en BIM, en France et dans le monde, et de garantir ainsi une plus-value certaine à mes clients. J’ai récolté auprès de ceux-ci d’excellents retours d’expérience, sur lesquels je capitalise pour améliorer mon expertise et apprendre, à chacune des missions, de nouvelles façons de faire du BIM. Aujourd’hui, je suis en capacité d’intervenir sur l’ensemble du cycle de vie du projet, depuis l’expression du besoin (AMO BIM), jusqu’à l’exploitation et la maintenance de l’ouvrage, en passant par la conception, la synthèse et la réalisation en BIM. Concrètement, j’interviens dans l’assistance à la maitrise d’ouvrage, l’architecture, les Corps d’Etat Techniques (Structure, MEP), et assez récemment dans l’industrie et le nucléaire civil.

En tant que consultant BIM Manager, les problématiques de l’ingénierie, ne sont plus un secret pour moi. J’ai beaucoup appris au contact des métiers de l’ingénierie : La rédaction des documents contractuels comme les cahiers des charges, les annexes BIM de CCTC, les protocoles BIM, les notices BIM, les procédures, les flux de travail BIM, les chartes graphique (ARC/MEP/STR) … sont des moments forts dans ma carrière.

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Connaître les spécificités métier de chaque acteur est une exigence capitale pour réussir dans cette fonction hautement stratégique. C’est aussi la preuve que le BIM Management n’est l’apanage d’aucun métier en particulier. Il faut bien nuancer cette réponse : Il ne s’agit pas de devenir spécialiste de tous les métiers, mais d’être en capacité de comprendre les enjeux et les contraintes de production de chaque discipline, aussi bien des Architectes que des Corps d’Etat Techniques et de leur proposer des solutions BIM concrètes et opérationnelles adaptées à leurs métiers et aux outils technologiques qu’ils utilisent. C’est donc de la transversalité des disciplines qu’il est question, et de dialogue entre les métiers apparentés.

Exemple d'un flux de travail  Synthèse et validation BIM des réservation...

Comment es-tu devenu BIM Manager ? As-tu suivi une formation spécifique ?

Non, pas de formation spécifique en BIM, mais vu mon profil ainsi que mes expériences je me suis orienté naturellement vers le BIM Management. C’est pour cela, d’ailleurs, que personnellement je récuse l’idée selon laquelle « BIM Manager » est un nouveau métier. J’estime que c’est seulement une fonction émergente, née à la suite d’une innovation de rupture qu’est le BIM. Selon mon appréciation, elle peut être exécutée par tout professionnel de la construction, quel que soit son métier d’origine (y compris les économistes et géomètres), pour peu qu’il remplisse des conditions basiques, de savoir, de savoir-faire, d’expériences significatives et des qualités propres à la personne.

 

Sur quels projets de prestige as-tu travaillé et peux-tu nous dire quelles ont été tes missions ?

En tête de liste je mettrais volontiers, le projet de l’Ecole centrale de Paris (CentraleSupélec) de l’agence néerlandaise OMA (Office for Metropolitan Architecture) dirigée par Rem Koolhaas. L’attributaire de la mission BIM Management est le BET ALTO Ingénierie avec lequel je collabore depuis 2014. Yvan Le Bellec, son directeur de synthèse et référent BIM, est mon interlocuteur principal et l’élément moteur en matière de BIM chez ALTO Ingénierie, qui, avec son équipe de BIMeurs, ont compris très tôt l’intérêt du passage au BIM, en bénéficiant de l’appui et le soutien de leur direction, avec à sa tête le président Jean Pierre Mouillot. J’ai collaboré également, avec le Groupe INGEROP Ingénierie, sur le projet du futur Tribunal de Grande Instance de Paris (TGI) de Renzo Piano (RPBW), en présynthèse, ainsi que sur le projet de l’Aéroport International de Genève (AIG), de Richard Rogers (RHSP).

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Sur les trois projets que je viens de citer, ma mission était de faciliter le passage au BIM à ces sociétés, en les aidant, à réécrire leurs process métier en adéquation avec le BIM et à les optimiser en automatisant les tâches redondantes, chronophages et à faible valeur ajoutée, en mettant en place la méthodologie BIM sans remise en cause brutale de leur organisation. J’aidais leurs équipes BIM à monter en compétence, à s’approprier la démarche BIM, à l’acquisition des bonnes pratiques et la maîtrise des technologies utilisées dans le cadre de leurs activités, principalement Revit (Architecture / Structure /MEP), Navisworks et Design Review.

J’ai eu de la chance de travailler, sur ces trois grands projets en BIM, de manière consécutive, des projets qui portent la signature de trois grands Maîtres en Architecture : Richard Rogers, Renzo Piano et Rem Koolhaas et pour lesquels j’avais une grande admiration depuis mes premières années à l’Ecole d’Architecture.

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Quels projets ont été pour toi les plus complexes et délicats à résoudre en BIM et pour quelles raisons ?

En fait, cela dépend de beaucoup de paramètres : La complexité de l’architecture du projet, le niveau de maturité des acteurs et des parties prenantes, des cas d’usages de la maquette numérique, des objectifs BIM du maître d’ouvrage, des contraintes de toutes natures etc. vu sous cet angle, tous les projets comportent une part de complexité mobilisant notre capacité de réflexion, d’intuition et de synthèse.

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Quels sont les défis à relever quand on est BIM Manager ? Est-ce complexe d’être au centre d’une Equipe ?

En tant que Consultant BIM Manager, Le premier défi, est d’obtenir l’adhésion du client à la méthodologie de travail qu’implique la conversion au BIM, tant en termes de décisions à prendre que de changements à apporter au système de management en place. Ce processus de validation de la feuille de route, fait suite au diagnostic établi sur la base des informations fournies au BIM Manager lors de l’Audit de la société. Cette phase est très sensible car elle peut donner lieu à des interprétations erronées, ou générer de l’incompréhension. Le consultant BIM Manager doit pouvoir montrer, en la circonstance, son talent de pédagogue et d’habile communicateur en s’assurant que le client a bien compris les prérequis du déploiement du BIM et surtout les coûts qu’il lui faudra supporter.

 

Travailler en mode collaboratif, en étant positionné au centre d’une équipe de conception et/ou de réalisation constitue un défi toujours renouvelé, tant les enjeux et les objectifs ne sont jamais les mêmes. Les expériences engrangées dans chacune des missions que j’exécute sont riches en enseignements, et, pour peu que l’on soit attentif à tout ce qui s’y passe, notre pratique du BIM Management nous apprend autant sur nous-mêmes, que sur notre environnement. Ainsi, cela m’a permis, par exemple, de forger ma propre méthodologie de déploiement du BIM et d’accompagnement projet, que j’améliore sans cesse, pour répondre aux besoins spécifiques des métiers de la construction. Tel est le cas de la formation, délivrée selon le principe du « Just in time Training » dans un format d’une grande efficacité, puisque sans quitter son poste et surtout sans investissement supplémentaire, le contributeur reçoit une formation ponctuelle et thématique, à l’issue de laquelle il va maîtriser un processus BIM directement lié à son rôle (modeleur, coordinateur …) et relatif aux tâches qui lui incombent, une méthode issue du "Lean Manufacturing", qui a fait ses preuves et donné des résultats probants. Je fais économiser à mon client de précieuses ressources (temps et argent), tout en optimisant l’activité de conseil et de support pour laquelle je suis rétribué.

Un autre défi, et cette fois dans un contexte de groupement de maîtrise d’œuvre, est celui de faire travailler l’ensemble des Ingénieurs avec des Architectes. C’est une véritable gageure de les réunir et les amener à dialoguer et à échanger dans la sérénité. La multiplicité des organisations fait que chacun s’agrippe à son organisation et à sa zone de confort et n’est pas prêt à faire des concessions. Le protocole BIM est le seul instrument, à mon avis, s’il est contractuel, qui soit en mesure de réduire ces oppositions et de venir à bout de ces entraves préjudiciables au travail collaboratif.

Le niveau de maturité qui se révèle par de grandes disparités, entre les différents acteurs d’un projet, au point d’affecter la qualité de la communication et la collaboration entre ces derniers, peut-être un autre défi à relever, si on veut harmoniser l’équipe BIM et la faire travailler en réelle symbiose. Aujourd’hui, j’ai appris à anticiper et prévenir ce genre de difficulté, en neutralisant cette asymétrie, très en amont, par la mise à niveau que je propose aux clients. Pour cela, des préconisations personnalisées sont élaborées pour chaque intervenant BIM et communiquées aux dirigeants des sociétés concernées. Démarrer un projet en étant attentif au niveau de départ des contributeurs BIM peut s’avérer très pertinent à évaluer et à ajuster.

 

Voyages-tu beaucoup dans le cadre de ton métier ? Le BIM Management est-il un moyen de découvrir de nombreuses cultures d’entreprises mais aussi de pays ?

Je suis constamment en déplacement dans le cadre de mes missions BIM, en France surtout (Région Parisienne, Lyon, Toulouse, Nice, …). A l’étranger, j’ai participé à un projet d’accréditation auprès de l’Académie de Paris au Koweït pour le compte de leur partenaire PAAET (The Public Authority for Applied Education and Training), et ma mission était de former, sur les plans pédagogique et technique, des formateurs sur Revit (Architecture et MEP). Mon dernier voyage était aux Etats-Unis à l’occasion d’Autodesk University 2015. Chacune de mes missions en BIM, représente une occasion unique de rencontrer des gens forts sympathiques, avec des pratiques BIM différentes et des cultures aussi riches que variées.

Le fait d’intervenir en tant que consultant BIM dans différentes régions et différentes sociétés spécialisées dans divers métiers de la construction et de l’industrie est en soi très enrichissant et aussi un moyen d’apprentissage formidable, pour moi, aussi bien sur le plan humain que sur le plan professionnel, puisque chaque client possède sa propre culture managériale façonnée par différents facteurs, tels que les spécificités métier, la conjoncture économique de la région d’implantation, leurs secteurs d’intervention, la culture du pays, etc.

Cela permet aussi de confirmer un constat que beaucoup sont unanimes à faire, qui est, que le secteur de la construction possède une faible culture managériale en comparaison avec le secteur industriel. Même si nous savons que les enjeux ne sont pas les mêmes, cela ne doit pas constituer, pour autant, une excuse pour ne pas s’inspirer de ce qui se fait dans l’industrie. Et puisque le concept de management est intimement lié à l’histoire de l’industrie automobile, le secteur de la construction commence aujourd’hui (et c’est une tendance à encourager) à s’inspirer du "LEAN Manufacturing", qui a été introduit chez Toyota à partir des années 1950 et qui lui a permis de dominer le secteur automobile, en se posant à la base, des questions fort simples mais pleines de bon sens, comme : "quelle est la part de nos efforts qui crée de la valeur et quelle est celle qui entraine du gaspillage ?" ceci dans le but d’optimiser les processus métier, de mettre de la qualité à toutes les étapes et de déceler tout gaspillage puis l’éliminer (le gaspillage de temps, d’argent et bien pire encore que celui de l’énergie ou des matières premières, le gaspillage de l’énergie humaine.)

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Que penses-tu du Plan de Transition Numérique dans le Bâtiment en France ? Que penses-tu des débats actuels autour du BIM en France ?

Le plan de transition numérique est l’une des trois mesures prises par le gouvernement français dans le cadre de sa politique de relance de la construction. C’est une démarche globale qui vise à encourager et à faciliter la démocratisation de l’usage du numérique, comme vecteur de développement et de croissance économique en France avec des mesures engageantes. Seul bémol, je regrette que le plan de transition n’ait pas choisi de cibler le BIM en priorité au lieu de s’éparpiller sur la question du numérique. Et malgré toutes ces mesures et efforts considérables fournis dans le cadre du PTNB qu’il faut saluer tout de même, j’estime qu’on peut mieux faire pour accompagner et encourager les petites structures dans leur conversion au BIM, pour lesquelles cela reste un investissement lourd, compte tenu de leur fragilité financière.

Quant aux débats autour du BIM en France, je pense que certains sujets sont pertinents, tels que : l’adaptabilité de la loi MOP au BIM, l’interopérabilité et l’openBIM, le rôle et les responsabilités du BIM Manager, la propriété intellectuelle de la maquette numérique, les mesures d’aide à l’implémentation du BIM et l’accompagnement des petites structures etc. Alors que d’autres débats sont polémiques, tels que celui de savoir qui de l’architecte ou l’ingénieur a plus de légitimité pour l’attribution de la mission du BIM Management ? Quel logiciel BIM est meilleur que d’autres ? Etc. En tout cas, à chacune des questions soumises à débat, il n’y a pas de réponse univoque, chacun va se déterminer, en fonction de ses intérêts, de sa sensibilité, etc. Toutes les positions sont légitimes et doivent être respectées et traitées dans la mesure où cela nourrit les débats et fait progresser les mentalités en faveur du secteur de la construction et de l’ensemble de ses acteurs.

Extrait d’un rapport de Clashes Navisworks (ALTO Ingénierie)

 

Dans le cadre de tes projets, utilises-tu le standard IFC et peux-tu nous parler de ton expérience avec Revit et l’openBIM® ? En quoi est-ce primordial selon toi ?

Oui bien sûr, mais pas de façon systématique ; quand j’ai le choix je préfère prescrire l’utilisation de la même plate-forme de modélisation BIM pour l’ensemble des contributeurs projet, et c’est Revit qui est plébiscité, dans ce cas, et réserve mon utilisation du format IFC (format d’échange ouvert et neutre) à la récupération des modèles BIM des métiers spécifiques qui sont réalisés donc dans des formats éditeurs autres que Revit.

Sur le terrain, je suis souvent confronté à des problématiques d’échange de données entre logiciels BIM, qui restent, encore à ce jour, et malgré les nombreuses améliorations apportées par le standard IFC, très délicats à traiter quand ce n’est pas, carrément avec des pertes de données substantielles, d’où ma réticence à son utilisation systématique, dans l’état actuel des connaissances et de maîtrise de ce standard. Malgré cela, il faut continuer à soutenir et encourager son développement, quoiqu’il faille aussi, parallèlement à cela, inciter les éditeurs à améliorer, de leur côté, leur moteur d’import/export IFC.

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Sur quelles technologies BIM prends-tu le plus de plaisir à travailler ? Et quel logiciel a selon toi bouleversé positivement le BIM ?

Sans hésiter, je dirais Revit, et cela pour trois raisons :

Tout d’abord, parce que c’est un outil puissant conçu dans cette approche systémique permettant depuis le début de son existence de répercuter instantanément les changements apportés localement (dans une vue en plan par exemple), partout où ce changement est censé être visible dans la maquette (vues en plan, coupes, 3D, nomenclatures …), d’où l’origine de son nom "Revit", qui veut dire : "Revise Instantly" (Réviser instantanément).

Ensuite, parce qu’il propose un écosystème métier complet (ARC/STR/MEP) et des outils collaboratifs en adéquation avec la philosophie de l’ingénierie concourante, facilitant et favorisant le dialogue et la collaboration entre les différents acteurs impliqués dans les projets de construction, tout cela dans un seul et même environnement logiciel, avec une interface commune ce qui est – sur le plan de l’ergonomie utilisateur- un avantage considérable.

Et enfin, parce qu’aujourd’hui il est l’outil de prédilection des plus grands constructeurs, BET d’ingénierie, et beaucoup d’agences d’architecture (des grandes comme des petites et en France comme à l’international).

Revit comme outil BIM et comme technologie de rupture, a opéré un véritable changement de paradigme en modifiant en profondeur les pratiques des métiers de la construction, bousculant irrémédiablement notre façon de travailler et d’échanger. C’est, sans aucun doute, un outil qui permet de mieux voir, comprendre et enfin agir sur des projets de construction de nature complexe, que la technologie traditionnelle est devenue insuffisante pour les appréhender.

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Sur quel projet travailles-tu actuellement ?

Je viens de m’engager avec un grand groupe industriel, Assystem EOS, (Numéro 2 mondial de l’ingénierie nucléaire), depuis quelques mois déjà, afin de les aider à implémenter le BIM de façon pérenne dans leur société sur la base d’un projet pilote en cours. Il s’agit plus précisément d’un projet dans le nucléaire civil, pour la construction d’une installation nucléaire dite "de base". C’est ma première expérience dans ce secteur sensible de l’énergie atomique.

J’assure également en plus du projet de l’Ecole Centrale de Paris qui est en phase EXE, de nouvelles missions BIM avec ALTO Ingénierie, qui me témoigne une grande confiance sur le plan stratégique et managérial BIM, pour aider ses équipes à monter en compétence notamment sur des thématiques nouvelles pour moi, comme l’utilisation de la maquette numérique dans les simulations énergétiques etc.

J’apprends beaucoup de nouvelles notions auprès des spécialistes métiers. Le but est de les aider à mettre en place un flux de travail BIM optimisé dans l’utilisation de la maquette numérique comme support pour les simulations énergétiques, en cohérence avec la méthodologie BIM globale de la société. D’autres nouveaux projets sont en phase de négociation, ou en attente de décision pour contractualiser. Il m’arrive aussi, quand j’estime le projet intéressant, de participer à des concours avec des groupements de MOE désireux de s’attacher mes services.

Extrait d’une charte graphique Revit MEP (ALTO Ingénierie)

Fais-tu partie d’un réseau de BIM Managers et comment vous entraidez-vous ?

J’entretiens une relation amicale avec certains de mes confrères BIM Managers en France comme à l’international, où il nous arrive parfois de se concerter sur des sujets pointus que chacun de nous maîtrise plus au moins en fonction de ses expériences personnelles.

Il y a aussi des évènements comme Autodesk University, qui se tient chaque année aux U.S.A où un grand nombre de BIMeurs (10.000 participants) se donnent rendez-vous, afin de partager leurs retours d’expériences et de bénéficier de ceux des autres, tout en assistant au lancement des nouvelles innovations ainsi que les nouvelles tendances en BIM et en d’autres technologies par les leaders d’Autodesk. J’y ai assisté l’année dernière comme nombre de participants venus de France et c’est bien parti pour que cela devienne une tradition chez moi.

Hexabim est un autre réseau convivial, Mohamed Khettab son fondateur et animateur principal a su fédérer de nombreux BIMeurs qui proviennent de tous les métiers de la construction. Le PRUG, bien qu’il soit dédié à Revit, se distingue par la qualité et le sérieux de ses animateurs, qui mettent à disposition, leur expertise en intervenant sur des sujets pointus et des problématiques actuelles. Evidemment, il y en a beaucoup d’autres que je ne cite pas ici. Il faut souligner simplement que nombreux sont les réseaux qui jouissent de préjugés favorables auprès de la communauté des BIMeurs.

 

Que conseillerais-tu à un ou une jeune Architecte ou Ingénieur souhaitant exercer son métier avec une compétence BIM ou devenir BIM Manager ?

Là, je ne peux que donner mon point de vue sur la question, sans prétention aucune. Devenir BIM Manager, selon ce que j’en sais, est une question de charisme et de capacités, aussi bien intellectuelles que managériales. Une forte culture informatique est cependant requise, le BIM étant une invention anglo-saxonne la majorité de la littérature à ce jour est en anglais ce qui rend la maitrise de cette langue indispensable, avoir une grande culture de l’entreprise et des métiers de la construction est également nécessaire. Être BIM Manager c’est aussi être capable d’appréhender la complexité de son environnement, de la simplifier et de la communiquer sans distorsions aux intervenants projet, qui sont de niveaux et de métiers différenciés, c’est en cela d’ailleurs, qu’il est un facilitateur.

 

Connais-tu et suis-tu un peu ABCD Blog ? Qu’en penses-tu et quels conseils nous donnerais-tu pour améliorer son contenu ?

ABCD Blog est dans mon top 10 des blogs que je consulte régulièrement, pour son dynamisme et pour la pertinence de ses sujets, il me permet de me tenir informé des dernières innovations technologiques, des prouesses des gens intelligents et talentueux, du contexte national et international de l’univers du BIM et du VDC. Personnellement, je peux dire qu’il m’est d’une grande aide dans mon travail de veille technologique et de mise à niveau continue.

 

Cher Rafik, nous te remercions pour le temps que tu nous as accordé et te félicitons pour la qualité de ton parcours et de ton interview. A très bientôt.

Emmanuel

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